Mais patatras ! Quelques jours à peine après cette diffusion, toutes ces activités naturistes furent purement et simplement retirées des programmes… n’ayons pas peur des mots : censurées, sans la moindre explication, sans la moindre excuse. Que s’est il passé ? Qui a ordonné aux organisateurs de la Fête de supprimer ces projets des programmes ? Le mystère reste entier…. Le naturisme en liberté est encore loin d’être admis dans ce pays de plus en plus puritain et « coincé » face à la nudité. Mais ne baissons pas les bras pour autant et continuons à développer ces activités saines et bénéfiques qui nous tiennent à cœur.

Le programme censuré du site de la Fête de la Nature

Malgré cette déception, toutes les manifestations naturistes ont été maintenues et relayées par le site de l’APNEL qui a repris la programmation des randonues et les informations utiles à leur bon déroulement. Et en particulier celle qui était proposée dans la Var et à laquelle j’ai participé.

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C’est Jean-Marie, d’Ollioules, qui a proposé le lieu et l’itinéraire. Il s’agit d’un circuit de 12 km dont le but est le sommet du Grand Bessillon, colline culminant à 813 mètres entre Cotignac et Barjols, au nord de Brignoles.

Le grand chêne

Le temps est absolument superbe ; pas le moindre nuage en vue, pas un souffle de vent, chaleur modérée ; l’idéal pour crapahuter sous le soleil printanier. Dès l’arrivée des retardataires (dont nous !) nous démarrons à travers le vignoble varois. Il est 10 heures. Nous sommes 27 à prendre le départ (9 femmes, 16 hommes et 2 enfants, plus Loulou la chienne d’Isabel). Certains sont venus de loin pour participer à cette journée qui se présente sous les meilleurs auspices. Après 10 minutes de marche au plus, le top est donné au pied d’un gros chêne pour la chute des signes extérieurs de… « civilisation » ! Les ¾ des participants arborent leur plus bel habit de peau. Les enfants et quelques femmes qui n’ont pas (encore) été converties conserveront leur tenue textile. Mais cela ne pose aucun problème ; chacun est libre et l’ambiance est bon enfant tout au long du périple.

Le groupe presque au complet

En file... nudienne

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Sur le parcours, printemps oblige, la nature se présente sous ses meilleurs atours. Nous déambulons dans une explosion de couleurs et de senteurs, propices à la découverte de toutes ces plantes qui bordent les sentiers. Lin jaune et aphyllanthe
Comme proposé au programme, je me fais un plaisir de partager mes humbles connaissances en botanique. C'est une occasion de prendre le temps d'observer les petites fleurs au raz du sol et de les photographier en gros plan.

Un photographe en action Aphyllante de Montpellier

J’essaye de répondre au mieux aux questions qui me sont posées et de mettre un nom sur quelques espèces remarquables : le ciste cotonneux à fleurs roses toutes fripées, le ciste à feuilles de sauge à fleurs blanches, l’hélianthème, de la même famille, à petites fleurs jaunes, le lin campanulé à fleurs jaunes, le lin cultivé à fleurs bleues (on en extrayait une fibre textile !), le genévrier commun que l’on reconnaît à ses petits fruits bleutés que l’on utilise comme condiment (les grains de genièvre) et à la bande blanche unique sous ses feuilles, contrairement au genévrier oxycèdre ou cade qui a deux bandes blanches et qui donne des fruits plus gros et de couleur brune. Son huile est utilisée en cosmétique.

Ciste cotonneux Ciste à feuilles de sauge Hélianthème

Lin campanulé Lin cultivé Globulaire

Le thym et le romarin sont omniprésents et rivalisent de parfums aromatiques avec ceux du genêt dont les fleurs jaunes innombrables jaillissent comme un feu d’artifice. Il y a aussi de grandes colonies d’aphyllantes de Montpellier, des globulaires, l’ornithogale ou « dame d’onze heures », le fragon petit-houx aux fruits rouges comme posés sur de fausses feuilles piquantes, l’asparagus ou asperge sauvage, le tamier, plante toxique et médicinale qui était utilisée autrefois pour ses propriétés antinévralgiques dans le traitement des hématomes et ecchymoses, d’où son surnom d’« herbe aux femmes battues »).

Genévrier commun Genévrier cade Fragon petit-houx

Thym Romarin Tamier ("herbe aux femmes battues"

Peu d’orchidées se présentent malgré la saison ; nous rencontrons néanmoins Ophrys scolopax (« bécasse »), Orchis brûlé, Orchis bouc en boutons, Orchis pourpre. Attention ! Il est interdit de les cueillir ; toutes les orchidées sauvages sont protégées….

Ophrys bécasse Orchis brûlé Orchis pourpre

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Tout à coup, au détour d’un chemin, un cycliste. Après l’effet de surprise en nous voyant, il nous dit bonjour et nous lance en souriant : « - Attention de ne pas attraper un coup de soleil ! » et il s’éloigne. Le cycliste Ce sera notre seule et unique rencontre de la journée.

Protecteur des randonudiens ?

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Le sentier est de plus en plus escarpé. Nous attaquons l’ascension du Grand Bessillon. Au début, la montée est plutôt tranquille ; mais, arrivant dans la forêt, la pente est de plus en plus raide et le sol, détrempé par les pluies abondantes de la veille, est très glissant. Heureusement les arbres offrent leurs branches pour nous cramponner tant bien que mal. Jean-Marie, l’instigateur de la balade, nous annonce : « il n’y aura que quelques lacets et une petite grimpette ! » C’était sûrement dit pour éviter de nous décourager ; un peu dure la grimpette, surtout lorsqu’on manque d’entraînement physique. Après une bonne heure d’ascension (beaucoup plus pour certains), nous atteignons enfin le sommet.

Vue imprenable sur la nature sauvage

La difficulté passée, elle est largement compensée par une vue à couper le souffle : une vision panoramique à 360° permet de localiser des sites connus à près de 100 km à la ronde, des massifs de la Sainte Baume et de la Sainte Victoire entre Aix et Marseille aux pré-Alpes de l’arrière pays niçois en passant par les massifs des Maures et de l’Estérel et les paysages varois en contrebas.

Panorama à 180°

Arrivée au sommet

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Après l’effort, le réconfort. C’est le moment de passer « à table ». Dans un bosquet mi-ombragé chacun s’installe pour un pique-nique à la bonne franquette bien mérité. Les naturistes (comme les naturalistes d’ailleurs !) sont des bons vivants, pour ne pas dire des épicuriens ! Mais au sens noble du terme bien sûr, dans le respect de la nature et de la santé. Les bouteilles de vin sont partagées ainsi qu’entrées et desserts faits maison. Les discussions sont animées mais toujours courtoises. C’est un vrai plaisir que de partager de tels moments de convivialité et de liberté dans l’extrême simplicité d’un repas sur l’herbe et qui plus est dans le plus simple appareil !

Le pique-nique

Après dégustation de confiseries diverses et autres préparations plus ou moins alcoolisées (mais consommées avec beaucoup de modération) et un bon moment de détente, le signal du départ est donné.

Sous-bois

Sur le chemin du retour

LoulouLe retour se fait sur des sentiers beaucoup plus faciles que pour la montée. Les kilomètres s’égrènent tranquillement parmi la végétation abondante, variée et multicolore. A moins d’un km du point de départ, la troupe se regroupe pour se désaltérer et pour le goûter de 4 heures.

L'heure du goûter

La randonnée touche à sa fin ; le grand chêne « vestiaire » nous attend de pied ferme ; c’est le moment (à grands regrets) de revêtir une tenue plus « civilisée » pour affronter le monde des « coincés » qui nous attend de l’autre côté de la route.

Le "vestiaire"

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Genêt à balaisCertains s’en retournent dans leurs contrées lointaines, car la route sera longue. D’autres se retrouvent à Cotignac pour déguster une boisson bien fraîche et bien méritée sur la place du village provençal, à l’ombre des platanes. Puis chacun se quitte en se promettant de renouveler ces moments de détente le plus souvent possible, sans attendre une occasion particulière. L’été ne fait que commencer et j’imagine que les futurs week-ends seront bien remplis. Et surtout, en toute liberté et en pleine nature. Vive la randonue !

Pierre Sévin